Textes mental et spiritualité
Paroles de sages
SRI AUROBINDO
Il n'y a aucune raison que l'on ne puisse pas recevoir par le mental pensant, de même que l'on reçoit par le vital, par l'être émotif et par le corps. Le mental pensant est tout aussi capable de recevoir que les autres parties, et puisqu'il doit être transformé comme le reste, il faut le dresser à recevoir, sans quoi aucune transformation ne pourrait se faire en lui.
C'est l'activité ordinaire, non éclairée, de l'intellect qui fait obstacle à l'expérience spirituelle, de même que l'activité ordinaire non régénérée du vital ou la conscience obscure et stupidement récalcitrante du corps y font obstacle. Parmi les fonctionnements faux de l'intellect, le sâdhak doit être particulièrement en garde contre deux choses: d'abord, l'erreur de prendre les idées et les impressions mentales ou les conclusions intellectuelles pour une réalisation; ensuite, l'agitation purement mentale qui trouble la précision spontanée de l'expérience psychique et spirituelle et ne laisse pas de place à la descente de la vraie connaissance illuminatrice ou bien la déforme dès qu'elle touche le plan mental humain, ou même avant qu'elle ne le touche complètement. Il y a aussi, bien entendu, les vices habituels de l'intellect: son penchant à douter stérilement au lieu de recevoir dans la lumière et de discerner dans un calme éclairé; son arrogance à vouloir juger des choses hors de sa portée, inconnues de lui, trop profondes pour lui, d'après les critères qu'il a tirés de sa propre expérience limitée; ses efforts pour expliquer le supraphysique par le physique ou son insistance à vouloir la preuve des choses supérieures et occultes par les normes de la matière et du mental dans la matière; et bien d'autres défauts encore, trop nombreux pour être énumérés ici. Toujours, l'intellect substitue ses propres représentations, constructions et opinions à la connaissance véritable. Mais si l'intellect s'est soumis, s'il est ouvert, tranquille, réceptif, il n'y a aucune raison qu'il ne soit pas un moyen de recevoir la Lumière ou une aide à l'expérience des états spirituels et à la plénitude d'un changement intérieur.
AMMA
La nature de l'esprit humain est d'osciller. Comme le pendule d'une horloge, le mental va d'un objet à l'autre, d'une humeur ou d'une émotion à l'autre. Ce mouvement est constant. Le mental coule sans cesse. Un instant, le mental aime, l’instant d'après, il hait. Parfois le mental apprécie un objet, l'instant d'après il le déteste. Le pendule du mental passe de la colère au désir. Il ne peut s'arrêter, il ne peut rester tranquille.
Ce mouvement incessant nous cache la base stable et immobile sur laquelle repose l'existence, la nature réelle des choses. Rien n'est perçu avec clarté. Ce mouvement est comme un brouillard qui entrave notre vision. Nous distinguons quelque chose, mais l'objet reste flou. Un nuage de pensées nous empêche de voir correctement. Nous empêche de voir correctement. Notre perception est donc défectueuse. Nous faisons des déclarations au sujet de ce que nous percevons sans avoir conscience de l'imperfection de notre vision.
Chaque pensée, chaque explosion émotionnelle et chaque désir est comme un caillou lancé dans le lac du mental. Les pensées incessantes sont comme les vaguelettes à la surface du lac. Les ondulations de la surface empêchent de voir clairement à travers l'eau. Nous ne pouvons voir correctement ce qui est au fond du lac, car les vaguelettes de la surface déforment notre vision.
Nous ne permettons jamais au mental de rester au repos. Le désir, la colère, la jalousie, l'amour ou la haine viennent le troubler ; et si rien ne survient dans le présent, ce sont les souvenirs du passé qui surgissent, souvenirs amers ou joyeux, regrets, volonté de vengeance... L'une ou l'autre de ces émotions se présente. Puis quand le passé se retire, le futur arrive, porteur de rêves et de belles promesses. Ainsi, l'activité du mental est incessante.
Nous ne percevons que les vagues qui agitent la surface ; et à cause du mouvement de la surface, nous commettons l'erreur de croire que le fond, lui aussi, bouge. Mais le fond est immobile. II est immuable. Le mouvement n'appartient qu’à la surface. Il est l'apanage du mental. Pour distinguer le fond immuable et tranquille, il faut que la surface devienne calme et silencieuse. Les ondulations doivent s’arrêter ; le pendule du mental doit cesser d'osciller. Calmer le mental, c'est cela aller au fond des choses.
Une fois ce calme obtenu, nous pouvons voir à travers la surface avec netteté. Nous ne distinguons plus de formes illusoires, nous contemplons le fondement réel de l'existence - la Vérité. Les doutes s'évanouissent.
A cet instant, nous nous apercevons que nous n'avons discerné jusqu'alors que ces formes illusoires, ombres et nuages. Nous prenons soudainement conscience de notre ignorance, une prise de conscience indispensable pour dissoudre le mental. Avant d'en arriver là, nous pouvons bien nous déclarer ignorants, nous n'en sommes pas réellement conscients.
Aller au fond des choses signifie contempler la nature réelle de l'univers, tout en demeurant ancré dans le Soi.
Regardez les yeux des yogis, des vrais saints : ils ont les yeux perçants. Ils voient à travers nous. Quand ils nous regardent, ce n'est pas notre forme illusoire, qui n'est qu'une déformation, qu’ils contemplent, mais le Soi. Ils ne nous voient pas en tant qu’ego : ils voient au-delà de l'ego Ils ne regardent pas le drame de l'univers, mais la scène immuable sur laquelle il se joue. Cela signifie qu'ils perçoivent la pièce. tant que telle, sans lui donner de réalité. Le dra peut s'interrompre à tout instant, la scène demeur. Ils regardent et apprécient le drame, mais sans jamais s'identifier à aucun personnage.
Tu dis que le mental n'est pas réel, et on dit souvent que le monde est irréel. Peux-tu m'aider à faire le lien entre ces deux affirmations ?
Les deux Sont justes. Le mental est un gros mensonge et le monde est une projection de ce mensonge. Le monde n'existe que parce que le mental existe. Le mental est responsable de tous les problèmes. II crée des doutes et fait souffrir, car les doutes du mental font obstacle à la pratique des vérités spirituelles
Manas, mental et ayurvéda
ARNAUD DESJARDINS - La voix et ses pièges
Destruction de manas
La voie proposée par Swâmi Prajnanpad, c'est la destruction de la « pensée » sous toutes ses formes : ne plus « penser » mais « voir ». Et c'est parce qu'il y a les pensées qu'il y a les émotions. Voilà le principe de base : plus de pensée, plus d'émotion. Ne renversez pas la formule : plus d'émotions, plus de pensées ! Sinon vous allez vous acharner sur les émotions en occultant le travail fondamental sur les pensées. Dans ce travail mettons de côté un instant les émotions réflexes, ancestrales de peur et de fuite, de combat face à un obstacle car elle sont finalement assez rare pour la plupart.
Quel que soit notre état intérieur, la loi est toujours la même. Si une émotion est là, c'est parce que j'ai pensé quelque chose, même très vite. Les modifications de notre état d'âme, les changements d'humeur qui se produisent malgré nous ont tous pour origine une pensée que nous n'avons pas remarquée. L'émotion paraît s'être produite d'elle-même. Mais si nous sommes rigoureux, comment et pourquoi une émotion se produirait-elle d'elle-même, comment pourrait-il y avoir un effet sans aucune cause ? Soit une pensée vous est revenue à l'esprit – comme des pensées qui ressurgissent la nuit sous forme de rêve alors qu'on avait réussi à les refouler depuis quelques jours ou quelques semaines – et vous ne l'avez pas vraiment notée sur le moment, fût-ce une pensée aussi simple que « et si j'avais un contrôle fiscal ? » parce que vous avez appris qu'un ami vient d'en subir un. Cette idée suffit pour que tout votre état positif, ouvert, heureux soit gâché mais vous n'avez pas noté au passage comment elle a modifié votre état intérieur. Soit encore quelque chose, fût-ce un simple objet, vous a frappé, a touché, un souvenir pénible, ancien, ce qui est encore une forme subtile de pensée…….
Les pensées ne sont pas toujours formulées explicitement. Il y a celles que vous pouvez exprimer, que vous vous surprenez en train de dire dans une conversation ou au téléphone, mais il y a aussi toutes celles que vous ne formulez pas, qui pourtant sont là à l'arrière-plan et que vous pouvez arriver à mettre au jour puis à rectifier. En effet l'inconscient ou le subconscient pense. La vie psychique de l'homme est comparable à un iceberg qui ne comprend pas seulement des émotions, mais aussi et surtout des pensées. L'inconscient n'arrête pas de penser. Mais comme cela se passe en sous-sol, nous n'en sommes pas informés. Ensuite ce sont les conclusions des pensées de l'inconscient qui apparaissent à la surface. Si l'inconscient ne pensait pas, pourquoi y aurait-il une émotion ? Comment par exemple le fait de rencontrer une personne que vous voyez pour la première fois et dont vous ne connaissez rien pourrait-il vous mettre mal à l'aise ? Simplement parce qu'à votre insu, l'inconscient, en voyant cette personne, a établi des connexions très rapides avec d'anciennes situations que cette personne vous rappelle, par un processus de pensée souterrain.
DAVID FRAWLEY (extrait de Yoga et Ayurvéda)
Mental et ayurvéda
L'esprit possède son propre nadi ou canal dénommé citta nadi ou canal de la conscience.
L'Ayurvéda se réfère à sa contre - partie physique par manovaha srotas, canal transportant les pensées.
Nous expérimentons tous le flux du mental, flux des pensées ou courant de la conscience. C'est le flux qui circule à travers le citta nadi.
Le citta nadi prend naissance dans le coeur spirituel, emplacement de l'âme réincarnée ou du Soi individuel dénommé Jivatman.
Nous sommes reliés au Créateur dans le cœur qui est l'endroit où le citta nadi acquiert de l'énergie.
Les impulsions fondamentales provenant de notre mental profond ou du cœur, appelées samskaras, propulsent le mouvement à travers ce nadi.
Le double flux du canal de l'esprit
Le citta nadi est le flux de nos samskaras circulant du coeur jusqu'au monde extérieur.
Ce flux monte tout d'abord jusqu'à la gorge d'où naît notre expression, puis jusqu'à la tête où il est relié aux sens et aux objets extérieurs.
Puis il redescend de la tête à la gorge et retourne dans le cœur.
Ce flux est l'écoulement double du citta nadi.
Ce flux possède un premier mouvement se dirigeant vers le monde extérieur, allant du cœur à la tête et ressortant par les sens.
Puis il possède un second mouvement contraire partant du monde extérieur des sens jusqu'au monde intérieur de la psyché et descendant de la tête jusqu'au cœur.
Le flux du chitta nadi vers l'extérieur donne naissance au mental extérieur, aux émotions et aux pulsions vitales, dénommées Manas dans le Samkhya
Le flux du chitta nadi vers l'intérieur donne naissance au mental intérieur et à l'intuition, dénommé buddhi ou intelligence intérieure dans le Samkhya.
Le flux se dirigeant vers I'extérieur suit les mouvements de la force de répulsion cosmique ou de l'ignorance.
Le flux se dirigeant vers l'intérieur suit les mouvements d'attraction divine.
Le flux du citta nadi vers l'extérieur nous entraîne dans le corps et donne naissance à l'état de veille qui est dominé par l'activité sensorielle de la tête.
Le flux du citta nadi vers l'intérieur nous entraîne dans notre propre conscience et donne naissance à l'état de rêve et de sommeil profond.
Les rêves se produisent dans la région de la gorge. Le sommeil profond se produit à la base du cœur.